ELLIPSES     -     Ateliers d'écriture

 

 


Jacqueline Leyder, animatrice des ateliers Ellipses

 

Formation:  

 Philologie romane ;

 Formation en gestion mentale ;

 Formation à l'animation d'ateliers d'écriture chez Eva Kavian ;

 Initiation aux phénomènes groupaux (CDGAI) ;

 Découverte et premiers pas: outils pour organiser, accueillir et promouvoir des ateliers d'écriture", formation proposée par Kalame et le Ministère de la Communauté française;

Membre active de KALAME, le réseau des animateurs d'ateliers d'écriture.

 

 

 

 Participante, de 1991à 1997,  à l'atelier de Transformel-Ateliers d'écriture de Liège; 

 

            puis, comme animatrice :
 

 Ateliers pour l'Asbl Transformel-Ateliers d'écriture, à Verviers depuis 1998 et à Liège depuis 2001, jusqu'en juin 2009 ;

 A partir de 2009, Ateliers "Ellipses" (J. Leyder) ; collaboration avec l'asbl ImaginAction :

 Ateliers "J'écris ma vie" pour l'Asbl "Ages et Transmissions depuis 2005;

 

***

 

Une façon de tenir le stylo pas comme il faut, pas comme on l'apprend à l'école. Si bien que mes doigts sont un peu déformés : ils crollent vers la droite. « Croller » est un mot de chez nous, un petit mot comme je les aime, tout rond, juste et précis, dont la forme colle au sens... du moins au sens que je lui donne. Ma main glisse sur le miroir de la page avec des grattements et des petits chocs à l'attaque des mots, à la barre des T, aux signes de ponctuation. Tendue vers la pointe posée sur la surface, là où le dessin de l'encre déroule ses volutes parallèles.

Là-bas, à l'autre bout, le monde se démène et tonitrue et me talonne. Des vies enkystées dans le chaos, des trames indiscernables à mettre au jour, des fils à retracer, des motifs à découvrir, camouflés comme dans les livres d'enfant parmi les feuillages ou les herbes de la prairie. Des ambiances, des bruits, des odeurs, un je ne sais quoi de gai ou de sinistre.

Voilà pourquoi j'écris : pas pour changer le monde, peut-être même pas pour le comprendre : pour y avoir accès, tout simplement.

J'aligne des phrases, je raconte des histoires, je calligraphie la nuance ; parfois ma plume s'alourdit, l'encre dégouline de sentimentalité, je fais des pâtés avec mes états d'âme.

 J'écris aussi, en cascades faciles, des récits compliqués, des textes de vengeance, de revanche, de noirceur, d'ironie. Je m'abandonne au bel esprit, je l'avoue : c'est si simple, si amusant !

 Mais le plus souvent, les mots rechignent à s'ordonner selon mon bon vouloir. Si la première version, jubilatoire, jaillit d'une seule traite, les réécritures compliquent tout : comment cerner le modulé d'une phrase, la justesse d'un ton, la nuance d'une atmosphère ? C'est un travail infini de ratures, de gommages, de relectures... C'est difficile et captivant : un autre plaisir, plus mesuré, plus serein, où le temps est mon allié.

J'écris pour moi. Pas pour me lire : je ne sais pas du tout si j'aime ce que j'écris. J'écris pour du vent, pour du flan, pour le roseau et l'araignée, pour qui voudra me lire. J'écris à la face du monde, tant pis pour lui ; pour tout le monde et aussi pour personne, même si ça n’existe pas de n’écrire pour personne.

 Je m'expose en me cachant derrière l'écriture. J'avance masquée, en terrain miné, toujours prête à battre en retraite.

 Faire écrire, c’est tout autre chose... l'enjeu est moins grave. Ce n’est pas moi qui me dis et me cache. Enlevé le masque, terminées les minutieuses pesées entre deux mots, entre virgule et point-virgule. Il faut du concret, et dans un délai précis qui plus est ! L'atelier d'écriture commence bien longtemps avant la date choisie, par des rêveries, des ruminations, des recherches, des pages et des pages lues, photocopiées, téléchargées, des photos et des images, tout un fatras de connaissances et de tentatives passionnantes, qui finissent par envahir mon bureau et mon esprit jusqu’à l'exaspération. Je n’y arriverai pas, c’est sûr, à chaque fois je le pense sincèrement. Alors je plante tout là, deux heures, un jour, une semaine...

 Plus tard, comme le temps presse, j'y reviens. Et tout se met en place, miraculeusement : je vois enfin la forme du petit lapin dans les herbes du dessin. Je pêche une feuille à gauche, une phrase à droite, une proposition d'écriture là en dessous de la pile de livres, je ficelle le tout en un joli paquet-cadeau et voilà. L'atelier d'écriture est préparé. Est-ce que ça va leur plaire ? Est-ce que ça les fera écrire ? Est-ce que je ne devrais pas formuler cette consigne autrement ? Changer la progression ? Pas le temps. On y va.

 Je dépose à leurs pieds mes trouvailles, mes suggestions d'écriture. Elles sont accueillies avec enthousiasme, flegme, humour, ou carrément avec répugnance. Allons-y tout de même. On écrit. J'épie mes gens mine de rien. Tout le monde s'y est mis ? C'est gagné ! Il y en a qui chuchotent, qui lisent, qui regardent le plafond ? Voilà le doute qui rapplique et se mue en certitude angoissée : je le savais, ma proposition est nulle.

 Puis, au moment des lectures, des mondes surgissent, des univers se déploient, des vérités sortent du puits. A chaque fois les récits m'entraînent, les mots sertis dans le poème m'émerveillent.

Finalement, c'est une autre façon d'accéder au monde et je me dis que «décidément, les ateliers d'écriture, c'est génial»... jusqu'à la prochaine échéance, la prochaine préparation, jusqu'à la prochaine petite moue esquissée par un participant à l'annonce de mes consignes.


 

 

 


 
 



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